Ça s’en va et…

J’ai décidé d’ouvrir ce blog, ce journal de bord, pour avoir un regard sur ma propre pratique. Un peu d’onanisme, ça ne fait pas de mal. Ces derniers mois ont étés très douloureux; les difficultés financières de la compagnie, les problèmes internes de gestion vécus comme des trahisons m’ont plombés le moral. Si on ajoute un mal-être dans un milieu dans lequel je me sens de moins en moins bien…. ça donne une réelle perte d’appétit créatif qui m’a amené pour la première fois à me poser la question de continuer ou non ce métier. Je n’ai pas réfléchi, écrit, rêvé pendant plus de neuf mois. Une éternité.

A terre. J’étais à terre. Plus de masque, rien. Une serpillière. Plus envie de me battre contre les injustices, plus de cheval blanc, plus de grande gueule, rien. A un moment je me suis dit que ça y’est « ils » ont eu ma peau… 

« Ils » ? 

Derrière ce pronom j’ai toujours mis, beaucoup de choses, un peu bordéliques ; les puissants, les patrons, les directeurs de théâtres. En gros tous ceux dont je sentais qu’ils m’aimaient pas. Entre la paranoïa et la fêlure émotionnelle.  J’ai toujours fait un complexe d’infériorité, moi le fils de pied-noir. L’arrière petit fils du paysan andalou qui quitte l’Espagne pour l’Algérie en 1860 avant de crever. Le fils d’expulsé d’un pays qui n’était pas le sien. Le fils de facteur qui ne se sent toujours pas à sa place dans « son’ pays.

Je vis mon parcours dans ce métier de la même manière. Je suis un expulsé culturel.

Je vis dans un milieu qui n’est pas le mien. Je n’ai pu m’y faire une place qu’en restant à ma place de prolo. En travaillant auprès des sans grades, des déclassés. Ces dernières années, j’ai oublié ça, grisé par quelques succès d’estime. Des tournées qui masquaient la réalité : j’étais en train de me perdre. De perdre mon semblant d’identité.

Alors oui, ce sera dur de retrouver le goût, l’envie, la folie qui m’animait lors de la création de 501 Blues. J’ai vieilli. Je sais désormais comment fonctionne le système. C’est pour cela que je vais rester à ma place. A côté. Et ne plus me soucier de rien, à part retrouver un geste. Je me sens comme un tennisman qui sort de blessure et qui veut retrouver son coup droit. Alors il fait du mur. ll frappe contre ce mur, non pas pour le détruire mais pour se reconstruire. Le mur n’est là que pour lui révéler ses faiblesses. Alors voilà. Je sais que devant moi j’ai un mur que je ne ferai jamais tomber (j’y ai cru) mais je veux jouer avec lui, le plus longtemps possible…..

 

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Un commentaire pour Ça s’en va et…

  1. loquet dit :

    Je n’avais pas lu cela avant d’écrire.le premier commentaire si léger..Dieu! que ce type d’écriture me parle…

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