L’arrivée.

Image

Première journée à Dhaka et premiers chocs émotionnels. Bien sûr ce voyage est mon premier en Asie et ceux qui ont déjà voyagé dans cette partie du monde, connaissent ses particularités  (la chaleur moite, la densité de population, la pauvreté et les odeurs si typiques) mais je crois que Dhaka a une particularité en plus c’est la concentration de tous ces caractéristiques multipliées par dix.

Image

Mon séjour a commencé par la rencontre provoquée avec un Espagnol lorsque je récupérai mes bagages. Comme nous n’étions pas plus de cinq européens parmi les centaines de passagers, j’en ai déduit qu’il y avait de grandes chances pour que cet homme  bosse dans le textile. Et comme je parle espagnol… bingo… C’était le cas. On a attendu plus d’une heure de les récupérer et donc j’ai enclenché un peu la conversation, lui demandant ce qu’il pensait du Bangladesh et des Bangladais : il m’a dit « tu verras ici c’est le bordel, les gens sont fous, tu vas le voir en sortant de l’aéroport dès que tu monteras dans une voiture ». Il avait l’air peu heureux de venir là, blasé, avec une certaine fatigue dans le regard et un certain mépris pour les gens qui travaillaient pour lui. La conversation a été brève mais j’avais en face de moi, un acheteur d’une marque. Je n’ai pas été trop pressant car un peu fatigué mais j’avais face à moi la banalité même, le type de représentant qui aurait pu vendre des aspirateurs ou des encyclopédies il y a quelques années mais qui faisait fabriquer des vêtements à l’autre bout de la planète. Quand on changeait nos dollars en taka, la monnaie locale, il m’a crié de loin « ne fais pas ça, va en ville tu gagneras plus d’argent au change ». Et il s’est éloigné. Je le croiserai peut être ces prochains jours dans un club privé où traînent les européeens qui vivent dans l’entre-soi dans ces clubs ou l’on fait du sport et où l’on peut consommer de l’alcool, contrairement au reste de la ville.

 

Image

En tous cas,il avait raison sur un point : le trajet de l’aéroport à notre hôtel valait le détour. Il n’y pas de code de la route à Dhaka. On roule à gauche comme en Angleterre, mais c’est le seul point commun. On ne sait pas ou commence la route et ou finit le trottoir car tout ce qui se déplace est mélangé : piétons, vélos, rickshaw à moteur ou tracté par un homme comme en Chine. Une seule règle klaxonner pour dire qu’on arrive et foncer…

Image

En en quinze minutes j’ai vécu tous les clichés vus au cinéma : des hommes debouts sur les trains urbains, des gens accrochés aux portières des bus dont on se demande de quel décor ils sortent tellement ils sont à la fois si vieux et si magiques.

Après quelques heures de repos, nous avons marché dans Dhaka afin de sentir la ville au sens propre et figuré. Peu de touristes. La vile est une échoppe à ciel ouvert où chacun essaie de survivre et où les taxis-vélos cotoient les cireurs de chaussure et les vendeurs de nourriture de rue. On a beaucoup étés abordés par des mendiants, des enfants. C’est toujours gênant d’être vécu comme le riche, le blanc qui a l’argent mais dans un pays ou l’économie est tournée vers les consommateurs européeens, peut-il en être autrement ?

Image

En fin de journée, réunion de travail avec Shumon Ahmed, notre « fixeur ». Shumon est un artiste photographe Bangladais reconnu en Asie qui expose en Inde prochainement. Il a d’ailleurs  déjà exposé en Europe en Suéde et au Danemark, l’an dernier.

Nous avons parlé du projet et de notre semaine de rencontre et de tournage. Il est très à l’écoute et c’est bien de travailler avec un artiste. 

Demain, nous irons donc à Savar, la banlieue de Dhaka ou sont concentrées toutes les usines textiles et bien sûr sur les ruines du Rana Plaza. Ma plus grande angoisse sera la rencontre avec les survivantes au CRP, centre de la croix rouge où les amputées du travail essaient de vivre leur rééducation coupées de leur famille.  

On sera demain dans le coeur du sujet.

 

Publicités
Cet article a été publié dans je ne vois que la rage, SOMMAIRE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s