One world

Aujourd’hui nous sommes allés à Bogra dans le Nord-Ouest du pays à deux cents kilomètres de Dakha…mais à cinq heures de voiture. Toujours la même histoire, les Bangladais ont inventé un nouveau mode de déplacement : le car-surfing. Surfer le plus longtemps possible sur le flux routier et alterner à droite pour éviter un bus, à gauche pour ne pas être percuté par une moto qui transporte quatre personnes. Bref, rien que du quotidien pour notre « quiet-man » chauffeur. Très cool, très British et qui finalement, donne confiance quand j’aurai sûrement fait trois infarctus en France.

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Quand on sort de Dhaka, on est percuté de plein fouet par les contrastes de la banlieue, Savar et ses alignements d’usines textiles accoudées à la tradition Bangladaise faite de petites échoppes. Les Bangladais habillent le monde mais gèrent une économie personnelle de subsistance très « décroissante » en fait. Pas (encore) de supermarchés mais des minuscules étals en tôle où l’on trouve de tout, du bois pour construire sa maison, à la chèvre qui vit là ses dernières heures…

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Quand je regardais à travers mon carreau, je pensais à quelqu’un qui m’écrivait hier sur ma page Facebook « qu’il fallait partager le gâteau de l’économie », je me demande de quel gâteau il parlait et surtout avec qui il voulait le partager. Les usines installées au Bangladesh offrent aux ouvriers un meilleur salaire d’un côté mais de l’autre elles polluent l’eau, bien vital pour l’humanité. Aujourd’hui des tas de gens sont contaminés là-bas car ils la boivent y lavent leur linge et leurs corps. Même les rizières s’éloignent de plus en plus de Dakha car l’eau y est trop polluée.

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Quand je parlais avec Shumon de cela, il me disait que le problème c’est qu’il devrait y avoir un gouvernement planétaire car il n’y qu’une planète et qu’une humanité. Je crois en cela. Aujourd’hui si les Bangladais mangent le gâteau qu’on leur propose c’est à dire instaurer notre modèle de consommation, nous le paierons. Je ne dis pas qu’ils ne doivent pas vivrent mieux mais nous devons imposer un modèle de développement écologique à toutes nos multinationales. De plus en payant les gens cinquante euros par mois on ne peut pas vivre. On ne meurt plus de faim. Tout au plus.  Les multinationales veulent de la main d’oeuvre bon marché, et bien elles doivent contribuer au bien être de tous les Bangladais et investir dans des programmes de santé, d’éducation, et de préservation de l’environnement et augmenter les salaires. Où alors nous devons, nous occidentaux accepter de payer nos vêtements plus chers pour affluer vers ces fonds.

Une utopie. Peut-être mais je crois que nous n’avons plus le choix. Il faut réagir face à l’impunité des multinationales et à la corruption des élites des pays qui les hébergent. C’est nous citoyens qui devont dicter notre loi car nous sommes les consommateurs et tout est régulé par le commerce. Nous devons faire attention aux ingrédiens du gâteau avant de le partager.

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Bogra n’a rien à voir avec Dakha. C’est réellement un autre Bangladesh, un autre monde que j’ai découvert à travers la rencontre de Shatie et Shahin. Leur histoire est incroyable. Ils se sont rencontrés à l’usine, venant de la campagne comme beaucoup d’ouvriers du textile et sont tombés amoureux. Elle a 18 ans et lui 24. Lors de l’effondrement du Rana Plaza. Ils ne travaillaient pas au même étage. Shahin, n’a eu la vie sauve que parce qu’il a eu le réflexe de sauter par la fenêtre. Shatie a été sauvée après des heures sous les décombres la tête et une jambe écrasée. Elle a été sauvée au bout de plusieurs heures, mais ses premières paroles furent pour son amour. Elle supplia les sauveteurs d’appeler son portable. « S’il ne répond pas laissez-moi mourir ». Sahin a répondu et a accouru à l’hôpital et l’a veillée pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui, Shatie et Shahin vivent à Bogro, loin des poussières de l’usine. Il a monté une petite épicerie de village. Ils ont l’air heureux et attendent un bébé pour dans quelques mois.

Je garderai de cette rencontre leurs sourires et l’envie que la route qui mène Bogora résonne comme l’espoir d’un monde meilleur. Il est peut être temps.

Bruno Lajara

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