ll est des jours…

 

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Il est des jours comme cela où la parole résonne plus que d’autres. Cette journée en fut la preuve. Elle a commencé tôt ce matin, à la table de notre petit déjeuner. Naviha, la manager de l’hôtel, seule femme du personnel sait depuis quelques jours que nous sommes là pour témoigner de la situation des ouvrières du Rana Plaza. Ce matin, je sentais qu’elle avait envie de parler. Elle nous a confié qu’être une femme était dur au Bangladesh et que sa situation était compliquée. Elle a une fille d’une douzaine d’années atteinte d’un autisme sévère. Quand son mari a appris que son enfant était handicapée, il l’a très mal vécu. Il a demandé le divorce et a refait sa vie. Pour elle c’est très compliqué d’être une « single mother » avec en plus une enfant handicapée. Ici tout centrepour handicapés est payant et non remboursé. Sa fille est donc gardée chez elle par une personne et Naviha qui travaille tôt, doit s’organiser. Elle pense que les personnel masculin ne l’aime pas parce qu’elle est une femme-manager. Cette femme dégage une force, une envie de se battre comme beaucoup ici. Elles sont l’avenir de ce pays.

Nous avions rendez vous ce matin au CRP afin d’interviewer Rehana, une jeune rescapée de vingt ans du Rana Plaza, amputée des deux jambes suite à la catastrophe. Sa vie est d’une tristesse sans nom. Ses jambes auraient pu être sauvées si elle avait eu un peu plus d’argent.

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Elle n’est pas allée au bon hôpital, alors l’amputation était la seule solution pour éviter la gangrène. Quand elle a appris qu’elle n’allait plus pouvoir marcher donc travailler, elle a demandé à mourir au médecin. Aujourd’hui plus d’un an après elle est seule car ses frères ne lui rendent pas visite. Si elle rentrait chez elle, elle serait un poids pour sa famille. Donc elle est seule. Elle dégage une certaine  pudeur, un lucidité qui fait peur. Mais elle est en vie.

J’ai vu aussi cette famille réunie dans une petite pièce de 8m2 à peine où le père, sa femme et leurs deux enfants vivent. Lui aussi a été amputé lors de la catastrophe. Sa femme était enceinte de leur deuxième fille. Elle est née au CRP. Cet homme ne pourra plus jamais nourrir sa famille. Je pense que cette petite fille de six ans, l’aînée risque très vite de se retrouver à l’usine pour aider ses proches.

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Au CRP, seuls les enfants donnent un peu de gaieté au décor. Les couloirs résonnent de leurs cris. Nous avons essayer d’améliorer un peu le quotidien des malades en achetant des postes de radio pour que le temps soit un peu plus…musical.

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La fin de la journée fut encore plus éprouvante, la chaleur (plus de 40 degrés) et les temps de transport m’ont achevé. Nous sommes arrivés chez Saydia Gulruck, anthropologue qui enquête sur les catastrophes dans les usines en confection. Elle travaille sur les disparus du Rana Plaza.

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Ces deux cents invisibles qui n’étaient pas inscrits sur les registres et qui sont encore sous les décombres. Elle doit prouver que ces personnes ont existées. Elle demande aux proches des photos et essait d’apporter des preuves de mort, et les collecte dans des petits cahiers, qu’elle constitue. Il y a quelques temps elle a réussi à prouver qu’une jeune fille était morte car on avait retrouvé la tenue qu’elle portait. C’était la même tenue qu’elle portait la veille en faisant sa photo d’embauche….

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Bruno Lajara

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