De notre incapacité à nous unir

Le festival d’Avignon vient de s’achever. Il a finalement eu lieu avec quelques perturbations, trois jours de grèves, mais il a eu lieu. C’était prévisible. Aujourd’hui Avignon est devenu le lieu  incontournable pour les compagnies qui veulent diffuser leurs spectacles ou pour les programmateurs qui veulent programmer. Avignon n’est plus qu’un marché, une foire commerciale où l’on vient voir ce qui est IN ou OFF. C’est l’occasion de voir les émergents, de relancer sa carrière, ou de faire ses heures. Alors comment peut-on mener un conflit social quand on vient jouer là, le couteau sous la gorge ? Si le festival avait été annulé cette année, on aurait assisté à la mort de nombreuses compagnies, qui pour certaines ont investi plus de 50 000 euros pour venir assister à ce salon du théâtre ou le pire du pire (majoritaire) côtoie (un peu) le meilleur. Ce qui me pose question ce n’est pas tant le Festival tel qu’il est là que les conséquences, les rouages du métier qui font que ce festival a pris tant d’importance ces dernières années.

Le IN a toujours été un faiseur de Princes, on vient à Avignon pour s’enthousiasmer, pour huer, bref pour se donner encore l’impression que notre Théâtre est vivant et que les critiques servent encore à quelque chose. Je suis volontairement tranché mais franchement qui se passionne encore pour le festival hormis le microcosme ?
Le OFF a vu l’émergence ces dernières années d’un IN du OFF. On joue dans le OFF mais dans des lieux IN qui se différencient avec une programmation de qualité mais avec le coût de la location qui va avec. Car à Avignon on loue souvent des salles avec de l’argent public, argent qui pourrait servir à autre chose, peut être à payer les salaires des interprètes. Car pendant ce festival, personne ne se soucie vraiment des conditions de travail. On a parlé de la réforme du Régime d’indemnisation chômage alors que dans le festival plus de 80% des artistes et techniciens n’étaient sûrement pas payés au minimum syndical ou pas payés du tout.

Et puis les lieux qui viennent programmer, ont-ils eux aussi conscience de la baisse drastique des dotations aux collectivités prévues sur le budget 2015 ? Auront-ils les moyens d’honorer leurs promesses d’achats faites sous le soleil avignonnais dans quelques mois ? Avignon devait avoir lieu car son annulation aurait pointé le mur vers lequel on va. Inexorablement. Nous devons réformer en profondeur nos professions, nos manières de faire sous peine de disparaître. Si notre métier se résume à acheter et vendre, ce qu’il est devenu sous la pression des DRAC, nous sommes morts. Pensons à produire avant de vendre des produits pas assez répétés, pas finis. Avignon devient le paradis du Low Cost culturel. On créé pas cher et on achète pas cher et les intermédiaires se font des couilles en or. Ça ne vous fait penser à rien ? Oui à la grande distribution…

C’est troublant que l’on permette à certains artistes de jouer un spectacle de dix huit heures avec une vingtaine de comédiens et à d’autres deux, trois comédiens avec un décor monté en 30 minutes et démonté en 10. Et ce dans le même festival. Inégalité de caste, asservissement volontaire, ou résistance ? Libre à chacun de choisir.

Je ne veux pas donner de leçons mais tout cela me pose question quand j’entend PY dire que le Festival a perdu 300 000 euros mais je crois que nous avons plus perdu sur ce festival. Une  vraie bataille morale. Tout est enclenché pour une vraie casse et tout le monde va en prendre pour son grade.

A Avignon pendant le Festival vient de se décider en catimini, la fusion de deux théâtres : L’Hippodrome de Douai et le Théâtre d’Arras deviennent une seule entité administrative. En gros l’Hippodrome absorbe le Théâtre d’Arras. Ce qui me choque c’est que tout cela a été décidé en douce mais que cela aura des conséquences sur tout le Théâtre Français. Il y aura un seul directeur sur les deux structures donc une suppression d’un poste de direction mais surtout l’idée qu’un seul homme peut diriger deux salles,  à mi-temps. Tout cela s’est signé avec l’assentiment de la Région Nord-Pas De Calais et du Ministère de La Culture. L’argument c’est de faire des économies, mais sur quoi ? Sur l’action culturelle, sur le développement des publics, sur l’émergence, sur l’accompagnement des artistes ? La plaquette de ces deux lieux devient un annuaire de spectacles, indigeste.IMG_5660

Le directeur de ces deux salles vient de donner un coup de poignard dans le dos à tous ses collègues directeurs car si c’est possible à Arras et Douai, c’est possible partout… Donc on va pouvoir dégraisser et fusionner. Je n’ai d’ailleurs pas vu de réaction du SYNDEAC sur cette fusion. Et puis on fusionne les lieux et dans quelques temps, on fusionnera les compagnies…

Si les scènes subventionnées fusionnent, on sait qu’on perdra encore en diversité de programmation, on le voit déjà avec les programmations des CDN souvent identiques et Avignon deviendra à coup sûr le passage incontournable pour montrer son travail ou ce qu’il en restera.  A moins que…..

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